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désirait que cette Convention pût recevoir, sans aucun retard, l'approbation des deux Gouvernements; le Commandant Fournier demandait, à cet effet, des pleins pouvoirs.
"La question se posait devant nous dans les termes les plus clairs et les plus catégo- riques de la part de la Chine, l'évacuation immédiate du Tonkin dans toute l'étendue de ses frontières naturelles, la promesse de respecter dans le présent et dans l'avenir les Traités directement faits et à faire entre la France et la Cour d'Annam, l'engagement solennel d'ouvrir au libre trafic entre la France et l'Annam d'un côté et la Chine de l'autre toute la frontière méridionale de la Chine limitrophe du Tonkin, c'est-à-dire les trois provinces du Yünnan, du Quang-Si, et du Quang-Tong, et de régler sur cette frontière la liberté des echanges et les Tarifs de Douanes dans les conditions les plus profitables au commerce Français. Ces avantages considérables seraient-ils trop chèrement achetés de la part de la France par la renonciation à une indemnité pécuniaire, dont le principe n'était, d'ailleurs, ni contestable ni contesté ?
"Une satisfaction en argent aurait-elle, aux yeux du pays, plus de prix qu'un Traité de hon voisinage, une alliance commerciale et politique, ne laissant derrière elle ni humiliation, ni amertume, en livrant à nos productions, à l'etroit dans l'ancien monde, des débouchés inattendus?
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Nous ne l'avons pas pensé, et sur l'heure nous envoyions au Commandant Fournier les pleins pouvoirs du Gouvernement de la République, sous la seule condition de s'assurer, avant d'en faire usage, de la ratification préalable du Gouvernement Chinois, “Le 9 Mai, le Commandant Fournier télégraphie de Tien-tsin, à 5 h, 45 m, du soir :- "Je remercie le Gouvernement de la confiance qu'il me témoigne. Le Vice-Roi me charge de vous transmettre ses remerciements pour l'empressement que votre Excellence a mis à approuver la Convention dans les termes mêmes où elle avait été arrêtée entre Nous avons immédiatement demandé en termes pressants, par courrier extra- ordinaire, à la Cour de Pékin, son approbation définitive, en la priant de nous autoriser à signer dans le plus bref délai possible.'
nous.
"Le 10 Mai, 11 heures 23 du matin, M. Fournier écrit :---
"Tout sera terminé demain soir à 4 heures.
"Et, en effet, le 11 Mai, à 5 heures du soir, les deux Plénipotentiaires signaient la Convention, après s'être réciproquement communiqué leurs pleins pouvoirs.
"Voici cet acte, avec son préambule, et dans toute sa teneur, tel que le télégraphe nous l'a transmis :
"Le Gouvernement de la République Française et Sa Majesté l'Empereur de Chine voulant, au moyen d'une Convention préliminaire, dont les dispositious serviront de bases à un Traité définitif, mettre un terme à la crise qui affecte gravement aujourd'hui la tranquillité publique et le mouvement général des affaires, rétablir sans retard et assurer à jamais les relations de bon voisinage et d'amitié qui doivent exister entre les deux nations, ont nommé pour leurs Plénipotentiaires respectifs, savoir —
"1. Sa Majesté l'Empereur de Chine:
S. Son Excellence Li-Hong-Tchang, grand tuteur présomptif du fils de Sa Majesté Empereur, Premier Secrétaire d'État, Vice-Roi du Tchili, noble héréditaire de première classe, du troisième rang;
2. Le Gouvernement de la République Francaise :
"M. Ernest-François Fournier, Capitaine de Frégate, Commandant l'éclaireur d'escadre le "Volta," officier de la Légion d'Honnenr;
'Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des Articles suivants :--
Article". La France s'engage à respecteret à protéger contre toute attaque d'une nation quelconque, et en toutes circonstances, les frontières sud de la Chine limitrophes du Tonkin.
"Art. 2. La Chine, rassurée par les garanties formelles de bon voisinage qui lui sont données par la France quant à l'intégralité et à la sécurité de ses frontières sud, s'engage à retirer immédiatement sur ses frontières toutes les garnisons Chinoises du Tonkin et à respecter, dans le présent et dans l'avenir, les Traités directement faits ou à faire entre la France et la Cour d'Annam.
"Art. 3. Reconnaissante de l'attitude conciliante de la Chine et pour rendre hommage à la sagesse patriotique de son Excellence Li dans la négociation de cette Convention, la France renonce à demander une indemnité à la Chine. En retour, la Chine s'engage à admettre sur toute l'étendue de sa frontière sud limitrophe du Tonkin, la liberté du trafic des merchandises entre la France et l'Annam d'une part et la Chine de l'autre, à régler par un Traité de Commerce et de Tarifs à faire dans l'esprit le plus conciliant de la part des négociateurs Chinois et dans des conditions aussi avantageuses que possible pour le commerce Français.
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"Art. 4. Le Gouvernement Français s'engage à n'employer aucune expression de nature à porter atteinte an prestige de la Chine dans la rédaction du Traité definitif qu'il va contracter avec l'Annam et qui abroge les Traités autérieurs relatifs au Tonkin.
"Art. 5. Dès que la présente Convention aura été signée, les deux Gouvernements nommeront leurs Plénipotentiaires, qui se réuniront dans le délai de trois mois pour traiter définitivement sur les bases ci-dessus arrêtées.
"Conformément aux usages diplomatiques, le texte Français fait foi.
"Fait à Tien-tsin le 11 Mai, 1884, le dix-septième jour de la quatrième lune de la dixième année de Quang-Sha, en quatre expéditions: deux en langue Française et deux en langue Chinoise, sur lesquelles les Plénipotentiaires respectifs ont signé et apposé le sceau de leurs armes. Chacun des Plénipotentiaires garde un exemplaire de chaque
texte.'
"Tel est le Traité de Tien-Tsin. C'est une Convention préparatoire à compléter par des négociations ultérieures, mais ferme dans toutes ses clauses exécutoires, et, nous pouvons le dire des à présent, en voie d'exécution,
"Nous avons trouvé, en effet, chez l'homme d'État éminent qui exerce actuellement sur les destinées de la Chine une influence prépondérante et qui a porté dans cette négociation une netteté de vues et de résolution si remarquable, la volonté bien arrêtée d'exécuter promptement et loyalement ce qui avait été si vite et si bien conclu.
"Une dépêche du Commandant Fournier, datée du 18 Mai, nous fait connaitre que le retrait des garnisons Chinoises du Tonkin s'opérera, en vertu d'un accord passé avec le Vice-Roi, du 6 au 26 Juin prochain, dans les termes suivants, dont le Commandant-en- chef du Corps Expéditionnaire a reçu communication.
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Après le délai de vingt jours, c'est-à-dire le 6 Juin, évacuation de Lang-Son, Cao- Bang, Chat-Khe, et de toutes les places du territoire du Tonkin adossée aux frontières du Quang-Tong et du Quang-Si; après le délai de quarante jours, c'est-à-dire le 26 Juin, évacuation de Lao-Kaï et de toutes les places du territoire du Tonkin adossées à la frontiere du Yunnan."
"De notre côté, nous avons déjà désigné, conformément à l'Article final de la Conven- tion, nos Plénipotentiaires définitifs, et nous avons envoyé à M. Patenôtre, qui doit se trouver à Hué à la fin de ce mois, les instructions nécessaires pour donner satisfaction aux pré- occupations particulières qui ont inspiré l'Article IV. La rédaction définitive du Traité du Hué ne contiendra, cela va de soi, aucune expression' dont puissent s'émouvoir les susceptibilités de l'Empire du Milieu.
"Nous soumettons avec confiance toute cette négociation au jugement des Chambres et du pays. La France s'est toujours fait honneur de ne pas poursuivre ses victoires à l'extrême. Notre modération, hautement appréciée par l'opinion Européenne, nous assure la meilleure solution pour le présent, la plus grande somme de sécurité pour l'avenir."
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